Rassemblées
en un seul volume sous une couverture discutable, les nouvelles qui
composent «Forêts secrètes» sont de celles
qui réconcilient avec l’existence. Huit textes de très
haut niveau, tour à tour poétiques, drôles, délirants
ou sombres, huit textes qui prouvent (mais le fallait-il vraiment ?)
que Francis Berthelot est un miracle sur patte, grand ciseleur d’intentions
et orfèvre du mot.
Rappelons que si nous émettions quelques doutes sur «Nuit
de Colère», «Rivage des intouchables» (en
Folio SF. Qu’attendez-vous pour le lire ? qu’il soit interdit
?) nous avait calmé, opération également très
bien réalisée par «Forêts secrètes».
On ne résumera évidemment pas ici les nouvelles (dont
deux inédites, et pas n’importe lesquelles) qui composent
le recueil, mais on s’attardera quand même sur «Le
serpent à Collerette», splendide ouverture sur l’éternel
viol de l’enfance qu’est la disparition du père et
la reconstruction familiale. Un texte qui fait mouche, qui fait mal,
et qui en a profité pour rafler le Prix Masterton 2004, ce dont
personne ne se plaindra.
Un peu plus loin, le très beau et très sombre «Mêrêlune»
nous rappelle que le Grand Océan n’est pas que limpide
et doux (un texte à rapprocher du très bon «Les
Selkie» de Robert Holdstock, dans le recueil «Dans la vallée
des statues», Lunes d’encre), et qu’un fantasme peut
rapidement tourner au cauchemar.
Changement radical de décor avec «La nouvelle Alice»,
hilarante et improbable rencontre entre l’impertinente Alice (de
retour du pays des merveilles) et le vieillissant Marquis de Sade, pour
un résultat superbe de drôlerie et de légèreté.
Mais si Berthelot sait s’amuser, il sait aussi embarquer son lecteur
de l’autre côté de la toile («Peinture de nuit»
; d’une franche gaieté), ou dans la description d’un
monde scandaleusement injuste («Le cœur à 3 temps»,
magnifique conte pour enfants et adultes à mettre en rapport
avec le déjà loué «Rivage des intouchables»).
Au final, le lecteur prend un immense plaisir à découvrir
ces histoires courtes, cette fausse naïveté, cette étonnante
maîtrise du verbe et ce regard doux-amer que Berthelot porte sur
ses semblables. Précipitez-vous, «Forêts secrètes
» est un vrai bonheur.