Pas
encore devenu LE Robert Charles Wilson qu’il est aujourd’hui,
l’auteur canadien signe avec Les fils du vent un roman agréable,
déjà annonciateur de l’excellence à venir.
Mais si la chose se lit avec un plaisir très net, force est de
reconnaître que l’histoire n’est pas encore aboutie,
que les personnages ne sont qu’esquissés, et que l’ensemble
passe finalement à côté du chef d’oeuvre.
Fidèle à ses dires (CF l’interview publiée
ici), Wilson reprend l’une des plus vieilles idées
de la SF (les mondes parallèles) et nous la fait vivre à
travers des personnages profondément humains. C’est assurément
la grande qualité de l’auteur, une qualité vérifiée
avec des romans comme Darwinia, Bios ou plus récemment
Les chronolithes.
En l’occurence, Les fils du vent décrit une fratrie
pas comme les autres: Deux soeurs et leur jeune frère, ballottés
dans une enfance faite de peur, d’errance et de fuite. Car ces
trois enfants ont un don secret, celui d’ouvrir des portes vers
d’autres mondes, des mondes où l’histoire s’est
déroulée différemment, des mondes ou presque tout
est possible, idylliques, cauchemardesques ou simplement décalés.
Régulièrement battus (et, de fait, culpabilisés)
par un père adoptif qui craint cette étrange prédisposition
comme la peste, ils déménagent de villes en villes, toujours
rattrapés par une figure tutélaire mystérieuse:
L’homme en gris, Walker, personnage indicible dont l’apparition
rime avec la peur et dont les intentions semblent ambiguës.
Aujourd’hui adulte et désespérément normale,
l’une des soeurs fait le point sur son existence le jour où
son mari la quitte. Mais quand son fils se révèle capable
d’utiliser lui aussi le don, à une échelle inédite,
l’arrivée de l’homme en gris implique une nouvelle
fuite. Rejoignant sa soeur réfugiée dans une Californie
parallèle (et nettement plus agréable à vivre que
la notre), elle décide de renouer avec leurs parents adoptifs
pour enfin faire face aux questions que personne n’a jamais osé
poser. D’où viennent-ils ? Qui sont leurs vrais parents
? Qu’est devenu Tim, leur jeune frère dont plus personne
n’a entendu parler ? Et qui est Walker ?
Plutôt bien mené, intelligemment raconté et somme
toute agréable à suivre, Les fils du vent possède
un peu le même défaut que Darwinia, celui d’en
dévoiler trop en milieu de roman. Ainsi, quelques interludes
expliquent une situation qui, de fait, résout tout mystère,
transformant le livre en une course poursuite certes passionnante, mais
quelque peu creuse. Au final, Les fils du vent est assurément
une oeuvre de jeunesse. Intrigante, intéressante, annonciatrice
de beaucoup de choses, mais oeuvre de jeunesse quand même. Un
goût d’inachevé qui ne contient heureusement aucune
once d’amertume, l’histoire ayant suffisamment de tenue
pour faire passer une excellent moment au lecteur. Un wilson mineur,
oui, mais c’est déjà beaucoup.