On
l’attendait depuis longtemps, Francis BERTHELOT nous livre enfin
sa “Bibliothèque de l’entre-mondes”. Guide
Folio SF à mettre en relation avec les “Passeport pour
les étoiles” [Francis VALERY], “Cartographie du merveilleux”
[A.F. RUAUD] et autres “Atlas des brumes et des ombres”
[Patrick MARCEL], ce guide des transfictions est fondamental pour plusieurs
raisons : d’abord parce qu’il s’agit du première
ouvrage du genre en France, ensuite parce que ce n’est qu’un
début, la littérature transgenre, slipstream, borderline
[ou toute autre appellation non autorisée] s’imposant déjà
comme l’une des plus passionnantes qui soit.
Composée de deux parties [c’est l’usage] proposant
d’abord un panorama explicatif et conceptuel du “genre”
avant de rentrer dans le vif du sujet en présentant cent oeuvres
variées, cette bibliothèque promène agréablement
son lecteur de pays en continents, de délires en fantasmes, suivant
le bon vouloir des auteurs cités.
Mais au-delà d’une simple liste de livres “à
lire”, le travail de Francis BERTHELOT consiste d’abord
à analyser en quoi cette littérature si spéciale
échappe à toutes les normes et se développe de
façon autonome. Transgression de l’ordre du monde, transgression
des lois du récit, l’auteur y voit plusieurs mécanismes
généraux, sortes de bornes qui relient entre eux certains
livres que toute sépare au premier coup d’oeil.
Travail universitaire à l’usage du profane [on rappelle
au passage que BERTHELOT travaille sur le langage au CNRS], “Bibliothèqe
de l’entremonde” réussit la prouesse d’être
à la fois érudit, intelligent, novateur et passionnant.
De Boris VIAN à Chuck PALAHNIUK, d’Alasdair GRAY à
l’immense José Luis BORGES, des décalées
OGAWA, HAruki MURAKAMI et YOSHIMOTO aux célèbres GRACQ,
KAFKA et QUIROGA, Francis BERTHELOT nous invite au voyage dans l’essence
même des [et non pas "de la"] transfictions.
Univers truquées, visions oniriques pourtant réalistes,
descriptions carcérales d’une réalité qui
“dérape”, ces littératures trouvent ici non
pas une étiquette [entreprise impossible s’il en est],
mais plutôt un dénominateur commun, aussi subtil qu’intelligent,
qui donne évidemment envie d’en lire plus. Au final, le
seul défaut du livre reste de ne fournir aux lecteurs avides
qu’une toute petite liste de cent livres, alors que nos bibliothèques
en attendent des milliers. De là à dire que Francis BERTHELOT
est un feignant, il n’y qu’un pas que nous ne franchirons
pas.
Tout au plus signalerons-nous aux éditeurs que cette fois ça
y est, la mécanique est lancée, et qu’il n’est
évidemment pas envisageable qu’elle s’arrête
en cours de route. En attendant ce grand voyage, cette “Bibliothèque
de l’entre-mondes” comble déjà bien des vides.
Un livre non pas recommandable, mais tout simplement indispensable.