Folio
SF continue son bonhomme de chemin et propose régulièrement
des titres inédits. C'est le cas de "Engrenages", écrit
à quatre mains (mais avec les pieds) par deux monstres de la
SF, ZELAZNY et SABERHAGEN .
Publié
à l'origine en 1982 sous le titre " Coils ", "Engrenages"
est un mélange des genres. Il surfe sur le polar technologique
à la Gibson [mondes virtuels] tout en s'offrant au passage des
airs de STURGEON ou de SILVERBERG [mutants qui vivent leur don comme
une malédiction]. Mais si l'enthousiasme est là, la subtilité
s'est perdue en route.
Tout commence quand Donald Belpatri comprend que sa jolie vie n'est
qu'une façade. Homme élégant et riche, il reçoit
chaque mois une importante somme d'argent sur son compte, sans jamais
se soucier de sa provenance. Grâce à Cora, sa compagne
du moment, il découvre que ses souvenirs sont faux. Qui lui a
trafiqué la mémoire, et pourquoi ?
Au fil de ses investigations, il prend conscience d'un don particulier
: Le pouvoir de se projeter mentalement dans n'importe quelle machine
électronique, et d'en prendre le contrôle. Surfant sur
les réseaux informatiques mondiaux, il retrouve des bribes de
mémoire. C'est (en fait) la Compagnie Angra qui lui a trafiqué
le cerveau (c'est méchant d'ailleurs, de faire ça), suite
à ses scrupules quant aux activités de la dite compagnie.
Une compagnie qui a recruté d'autres individu[e]s aux dons précieux.
Lire les esprit, ou tuer des gens à distance pour éliminer
la concurrence. Quand le directeur d'Angra se rend compte que Belpatri
est bien décidé à retrouver son passé, il
décide de l'éliminer, enlevant au passage Cora. Dés
lors, la guerre est lancée.
Comme on s'en doute, rien n'est épargné au lecteur. La
femme enlevée, le scénario abracadabrant, les affrontements
singuliers méchant/gentil si chers aux américains (du
nord, hein, on rappelle qu'au sud, ils crèvent), etc...
Au-delà
de son aspect pathétique de nullité, "Engrenages"
contient néanmoins beaucoup de bonnes idées, même
s'il aurait sans doute mérité une réécriture
totale et intelligente. On sourit souvent, on soupire parfois, mais
il faut reconnaître que l'histoire a du rythme, se lit facilement,
et remplit finalement son rôle de pur produit récréatif
débile.
Un mot sur la quatrième de couverture, qui a le douteux mérite
d'être fausse, tout en livrant sans pudeur la fin de l'histoire.
C'est dommage, car la petite surprise finale était la seule idée
vraiment intéressante du livre. Ce n'est d'ailleurs pas la première
fois que Folio SF fait ce genre de couac [voir la critique de "La
fin de l'éternité" d'ASIMOV].