ADAM JONHSON - EMPORIUM - LUNES D'ENCRE

Nouveau venu dans le paysage éditorial francophone, Adam Johnson est assurément l’une des bonne nouvelles de ce début d’année. En attendant la prochaine publication en Lunes d’encre de son premier roman (Des parasites comme nous), il est fortement conseillé de se ruer sur son excellent recueil de nouvelles, Emporium, proposé en Denoël et d’ailleurs, collection en marge dont on ne se lasse pas de vanter la justesse de vue. A noter au passage la superbe couverture du livre, preuve s’il en fallait une que la littérature de l’imaginaire se passe aisément de barbares velus et autres hideuses conceptions post-informatiques.


Résolument à part dans une production américaine somme toute assez terne, Emporium est en quelque sorte la rencontre improbable entre Chuck Palahniuk et Howard Buten. Via des textes à la fois originaux et émouvants, Adam Johnson élabore une véritable petite musique, une voix étonnamment fragile et faussement simpliste. Vrai styliste aussi à l’aise dans la description clinique de l’horreur comme dans la vision existentielle naïve de gamins perdus, Johnson promène son lecteur dans un monde où tout n’est qu’apparence, mais où la vie (dans tout ce qu’elle a de plus merdique) s’appréhende de l’intérieur. Centrées sur le passage à l’âge adulte et aux douleurs qui s’ensuivent (perte de soi, apprentissage de la mort et de la solitude, inquiétude douloureuse quant à la tragique évolution des choses), les nouvelles d’Emporium relèvent plus de la petite touche que du panorama.

On ne les résumera évidemment pas ici, mais on citera deux sublimes variations autour de la mort : Le satelitte Cassini, messager de la mort, raconté par un gamin récemment amputée de sa mère, nous projette dans une virée de cancéreux plus ou moins avancés, tous désespérément en quête de vie dans un monde qui n’y tient finalement plus beaucoup. Encore plus sombre, mais curieusement optimiste, Le huitième océan raconte la dérive d’un presque adulte tiraillé entre un père absent mais terriblement présent, des amours anecdotiques et une empathie maladive pour les autres. On citera également un texte complètement séparé des thèmes développés dans le recueil, Le canadanaute, réécriture radicale de la course à la lune, vue du côté du grand nord, et dont le burlesque tragicomique détonne par un humour absurde et décalé.


Original, sincère et touchant, Emporium fait partie de ces livres qui se dégustent par petits morceaux, mais dont le style et les idées esquissées hantent longtemps après lecture. Un auteur à découvrir et évidemment à suivre.

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