CUSTER'S LAST JUMP - HOWARD WALDROP - INEDIT EN FRANCE

Rassemblement de nouvelles écrites en collaboration avec différentes personnalités du petit monde de la SF, CUSTER’S LAST JUMP est un recueil hétéroclite dans les thèmes, mais de très haute qualité. On y découvre 8 textes de fiction et 3 courts « nuts and bolts » dues à la plume irrésistible de Waldrop, chacune contant les aventures de l’auteur, ses déboires avec les éditeurs et ses relations avec d’autres écrivains. Par ailleurs, toutes les nouvelles sont précédées d’une introduction de Waldrop et suivies d’une sorte de Posface de l’auteur ayant travaillé sur le texte. Si les « responsabilités » varient d’une nouvelle à l’autre (50% par ci, à peine 10% par là…), la ligne reste claire, drôle, dramatique, glauque ou délirante, mais toujours cohérente.


Ainsi, le premier texte (à rapprocher du récent ILIUM de Simmons), ONE HORSE TOWN, met en scène Homère, un soldat troyen et l’archéologue allemand à l’origine de la découverte de Troie travaillant sur les fouilles. Trois époques différentes, mais dont les personnages s’entr’aperçoivent de temps à autre, comme s’ils étaient liés. C’est l’occasion de faire une variation sur les fils du destin, l’absurdité de la mort et l’inéluctabilité des actions. Triste, belle, violente et touchante, ONE HORSE TOWN est un petit chef d’œuvre.


Plus difficile d’abord et raconté à la mode « livre d’histoire » la nouvelle suivante donne son titre au recueil et se place dans une optique beaucoup plus « Waldropienne » (Cf HISTOIRE D’OS). Ainsi, on apprend comment l’aviation a fait son apparition pendant la guerre de sécession américaine, le ciel étant le théâtre de duels entre monoplans, biplans et dirigeables. Menées par un certain Crazy Horse, les tribus indiennes tentent de combattre les visages pâles en s’appuyant sur une force aérienne tout sauf fantomatique. C’est l’occasion de faire intervenir un certain général Custer, parachutiste et tueur d’indiens. Fataliste, uchronique et surprenante, CUSTER’S LAST JUMP se lit agréablement et développe une idée intéressante. Une réussite.


Beaucoup plus sombre et inquiétante, A VOICE AND BITTER WEEPING met en scène une colonne de chars pilotés par des mercenaires israéliens en plein Texas après la troisième guerre mondiale. Destruction, mort et absurdité de l’existence sont ici disséquées le plus humainement du monde, à travers les yeux d’un capitaine en proie à la plus grande lassitude. Glauque, triste et terrible, A VOICE AND BITTER WEEPING est une nouvelle très impressionnante, là encore aisément « chef d’oeuvrable ».


Sans doute moins originale, mais puissamment évocatrice, MEN OF GRAYWATER STATION reprend le thème classique de la station scientifique isolée sur une planète lointaine, et menacée par une invasion hostile. En l’occurrence, il s’agit d’une forme extrêmement virulente de champignon intelligent, capable d’annihiler l’esprit des créatures qu’il contamine, les soumettant à sa volonté. On pense à BIOS, à THE THING et à d’autres textes célèbres, en suivant les dernières heures de ces quelques scientifiques isolés, en proie à la plus grande des terreurs et des paranoïas. Forte et dure, la nouvelle pêche par une fin sans doute trop évidente, ce qui n’enlève heureusement rien au plaisir de lecture.


On passera sur WILLOW BEEMAN, délire post-apocalyptico-n’importe quoi écrit sans doute un soir de beuverie (mettant en scène une sorte de chien sans poil bien décidé à trouver l’âme sœur dans un monde radioactif) et on se concentrera sur les textes suivants, notamment THE LATTER DAYS OF THE LAW, écrit en collaboration avec Sterling et situé dans le Japon impérial du 11ème siécle. Fi de Cyberpunk, mais description d’intrigues de cours sordides et diaboliques, le tout vu à travers les yeux d’un samouraï qui préfèrera le bannissement à la perte de son honneur. Intéressant et curieux, bien que non indispensable.


Plus légère et très classique dans son traitement, mais somme toute assez touchante, SUN’S UP traite de l’intelligence artificielle qui prend soudainement conscience de sa mort imminente, et qui tente d’y remédier. En l’occurrence, il s’agit d’un vaisseau spatial d’exploration aux prises avec une Supernova, tiraillé entre ses ordres très strictes d’observer le phénomène pour en rendre compte en temps réel aux humains, et son envie pressante de se tirer vite fait... Très Hard Science, cette nouvelle est finalement humaniste et intelligente.


Enfin, le recueil se termine par l’audacieux BLACK AS THE PIT, qui mêle la théorie des terres creuses au MONDE PERDU de Conan Doyle. Le héro n’est autre que la créature de Frankenstein elle-même, qu’on avait cru morte à la fin du roman de Shelley, mais qui trouve la route vers ces fameuses terres creuses et qui y rencontrera (entre autres) toutes sortes de dinosaures. La nouvelle est définie comme l’un des premiers textes Steampunk, bien que l’appellation fasse sourire Waldrop. Le texte en lui-même n’est pas inoubliable, mais agréable à lire, et la dimension pathétique de cette pauvre créature n’est pas oubliée.


Au final, CUSTER’S LAST JUMP est un rassemblement de textes brillants, intelligents, humains, et généralement réjouissants. Un livre hautement recommandable à tous les points de vue.

- retour à la liste des chroniques -