J.G. BALLARD - CRASH ! - LUNES D'ENCRE

Enfin réédité après une longue absence éditoriale, Crash ! prend place aux côtés du récent Millenium People, dont le tout-Paris et tout-Salle101 disent le plus grand bien. C’est une occasion unique de jeter un regard froid et clinique sur les quelques trente années qui séparent les deux livres, avant de constater au final que Crash ! n’a rien perdu de son efficacité scandaleuse, ni de sa scandaleuse efficacité.


Evidemment rangé (et donc formolisé et rendu acceptable) au rayon Livre culte, Crash ! n’est pourtant pas un chef d’oeuvre. Basé sur une seule et unique idée développée sur plus de 300 pages (la rencontre entre le sexe et la mort, via la technologie - essentiellement automobile), le roman aurait fait une prodigieuse nouvelle. Lu aujourd’hui dans un monde où les transports ont pourri jusqu’aux cimes des montagnes, Crash ! est un texte trop long, poussif et parfois fatiguant, mais dont les visions maladives et clairement critiques hantent bien longtemps le lecteur aventureux. Servi par une écriture d’une fausse simplicité, Crash ! est encore éprouvant en 2004. Le choc a dû être terrible en 1974, quand les librairies ont commencé à vendre cet OVNI littéraire pornographique et bizarre, dont il serait réducteur et franchement stupide de se débarrasser en le taxant de roman malsain. Insane, le texte de Balllard l’est assurément, mais au sens critique. Rien de vain dans Crash !, rien de gratuit, mais une obscénité réellement scandaleuse : L’excitation sexuelle la plus crue, produite par la relation morbide entre Eros et thanatos (passez par la case Geogres Bataille et revenez contents), entre accident de la route et éjaculation. Homosexualité fascinante et fascinée, coprolalie et coprophagie, fluides et humeurs gluantes, salive, sperme et cyprine répondent aux leviers de vitesse, tôles froissées et sciure de bois, l’ensemble se lubrifiant évidemment à l’huile de moteur...


Pourtant, Crash ! produit ses meilleurs effets quand Ballard laisse l’outrance de côté. Ainsi, il ne faut pas passer à côté de la description au ralentit d’un film mettant en scène un accident de la route de type crash test, et des diverses postures (et amputations) des mannequins, dont la curieuse danse désarticulée est rendue de manière hallucinante. La preuve éclatante que Ballard fait preuve d’un incroyable talent d’écrivain, dont le propos reste d’actualité malgré son côté répétitif.


Autre trouvaille qui achève de perturber le lecteur, le choix délibéré de l’auteur de se mettre en scène lui-même, en tant que J.G. Ballard, principal personnage de l’histoire. Une histoire difficilement racontable, mais dont on peut dévoiler le squelette principal : La fascination grandissante (théorique, pratique et sexuelle) de Ballard envers Vaughan, malade mental entièrement tourné vers l’accident de voiture et les situations sexuelles qui en découlent. Lui-même victime d’un accident qui tue le chauffeur de l’autre voiture impliquée, Ballard ne tarde pas à coucher avec la veuve, tous deux unis par la même évocation morbide de la mort sexuelle (ou du sexe mortel ?) dont l’accident à été le liant. De la découverte de ses inavouables fantasmes jusqu’à la mort de Vaughan (on ne dévoile rien, c’est la première phrase du roman), Ballard découvre, descend et étale. Salement. Mais c’est évidemment ça qui est bon...
Aussi fascinant qu’agaçant, mais dont le style clinique vaut à lui seul le détour, Crash ! est un livre tout sauf optionnel. A prendre immédiatement, et sans crédit.

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