Vieux
routier de la littérature jeunesse, Garry Kilworth mène
une deuxième barque littéraire côté adulte.
Impeccable et divertissant, La compagnie des fées est
exactement à mi-chemin.
Sorte de Fantasy urbaine sous la forme de road-movie hommage à
Shakespeare (dont tout anglais qui se respecte ressent au plus profond
de son moi la divine présence), La compagnie des fées
reprend les célèbres personnages du Songe d’une
nuit d’été et les propulse dans un monde moderne
qui n’a rien de bien réjouissant.
Pour le roi des elfes Obéron et sa femme, la reine des fées
Titania, l’heure est grave. Réduite par le développement
urbain et autoroutier, la forêt de Sherwood n’est plus le
lieux mythique qu’elle fut en son temps. Par milliers, les touristes
y affluent, laissant traîner leurs ordures, leurs déchets
et polluant de leur présence ces bosquets millénaires
peuplés de lutins facétieux. Même si la chose est
douloureuse, une seule solution est envisageable: L’exil. Bien
décidés à atteindre la Nouvelle Forêt (à
quelques heures de voiture, au Sud de l’Angleterre), Obéron
et sa cour (dont l’indispensable Puck) se font aider par Sid,
un jeune mécano récemment enlevé par les elfes
(une habitude fâcheuse), qui met à leur disposition un
vieil autobus pourri.
Mais si la distance est courte, la route est bien plus longue. les elfes
se fient évidemment plus aux odeurs du vent qu’aux cartes
routières... Après quelques kilomètres, les choses
ressemblent finalement plus au Cauchemar d’une nuit d’été
: Titania kidnappe un bébé au destin fabuleux, bébé
qui ne va pas tarder à exciter la convoitise de Morgane la méchante
fée. Pendant ce temps, la quasi totalité des créatures
mythiques anglaises se réveillent sur la passage de l’étrange
convoi (et il y en a un paquet), ce qui pose des soucis de discrétion,
notamment avec les géants. Fort heureusement, les travellers
new age qui sillonnent le pays en fumant de l’herbe au volant
de leurs vans à fleurs sont prêts à croire aux elfes,
et de fait, à les aider... Pour Sid, l’équipée
tourne rapidement à l’horreur la plus délirante...
Plutôt drôle, plutôt bien fichu, plutôt bien
mené, La compagnie des fées n’est assurément
pas un chef d’oeuvre impérissable, mais un honnête
roman à l’ancienne, léger et divertissant, à
lire ne serait-ce que pour l’évident plaisir que l’auteur
a pris à l’écrire. Un plaisir d’ailleurs communicatif,
à prescrire aux déprimé(e)s de 7 à 77 ans.