On
ne présente plus l'auteur d'Elrik, tant son curieux patronyme
est célèbre dans le milieu. Mais si MOORCOCK est connu
pour ses cycles bien précis, beaucoup de textes " mineurs
" sont encore à découvrir.
C'est le cas du "chaland d'or", qui, disons le tout de suite
est un très mauvais roman. MOORCOCK ne va pas jusqu'à
l'avouer dans la postface, mais il reconnaît que le procédé
est plutôt simpliste. En fait, ce livre l'intéresse visiblement
comme "prémisse" de textes plus ambitieux, du type
"Gloriana ou la reine inassouvie", mais sans plus.
Et pour cause ! La lucidité du grand homme fait plaisir à
voir.
"Le chaland d'or" traite de la quête de Tallow, homme
laid et seul qui, après avoir aperçu un étrange
bateau doré sur le fleuve qui baigne sa ville, décide
de tout abandonner pour le suivre. Dès lors, son destin est scellé.
Toute sa vie sera consacrée à cette recherche.
Un voyage le long du fleuve jusqu'à la mer mythique que personne
n'a jamais vu. Une traversée homérique ponctuée
de pays hostiles. En 300 pages, Tallow fait l'expérience de la
prison, du sexe, du meurtre, de la trahison, de la révolution.
Et de la compréhension de lui-même. Bravo. Tout ça
pour quoi ? Le chaland représente en fait la quête de soi-même.
Trop fort.
Si
le texte est mauvais, si la narration est consternante [on suit les
aventures de Tallow qui ponctuent ses pauses le long du fleuve], l'ensemble
n'est pas complètement pitoyable. Pourquoi ? Tout simplement
parce que MOORCOCK sait mettre en scène des personnages décalés,
comme absents, étrangers à leur propre existence.
Pour ça, et uniquement pour ça, "Le chaland d'or"
vaut le voyage. Mais il faut le vouloir.