Très
attendu par ceux qui ont aimé les deux premiers volumes de ce
(gros) roman atypique, «Les machines sauvages» est en quelque
sorte le pivot de l’histoire, le moment où tout bascule
et se précipite. Mary Gentle y déploie son talent avec
beaucoup de fluidité, livrant un texte sec, nerveux, à
la fois lent et efficace, pour un résultat non seulement passionnant,
mais également remarquable d’intelligence et de malice.
Avec
cet impeccable tome 3, Gentle prouve qu’il est possible de faire
de la Fantasy intelligente, tout en se moquant des étiquettes
et des clichés liés aux genres rigides et immuables. Ainsi,
«Les machine sauvages» relève aussi bien de la SF
pure et dure que de l’Uchronie ou de la Fantasy historique, méritant
largement son appellation «Littérature de l’imaginaire»
au sens le plus noble du terme. Trait anglais par essence, le texte
n’est pas dénué d’humour, d’une certaine
forme de cynisme et d’un second degré perceptible entre
le fracas des batailles.
La séparation Histoire / Echange épistolaire entre chercheur
et éditeur est maintenu, ce qui ancre le roman dans le thriller
à énigmes. De fait, «Cendres» y gagne encore
en intérêt, le lecteur attendant une explication qui jamais
ne vient directement, Gentle préférant le système
frustrant mais ô combien satisfaisant de l’ellipse…
Il est assez difficile de résumer le tome 3 sans dévoiler
quelques tenants et aboutissants des deux tomes précédents,
aussi nous conseillons à ceux qui ne connaissent pas encore l’histoire
de shunter les lignes qui suivent.
Rescapée du tremblement de terre qui a détruit Carthage,
Cendres remonte le Rhône pour atteindre Dijon, l’un des
rares endroits à encore bénéficier du soleil. Malgré
le siège de la Faris et de ses armées, la ville tient
comme elle peut, entre désespoir et escarmouches.
Alors que se meurt le Duc de Bourgogne, Cendres réussit à
se confronter à sa sœur/clone, lui prouvant que derrière
la Machina Rei Militaris se cachent des entités redoutables,
bien décidées à éradiquer l’humanité,
carthaginois compris. Rétive, mais en proie au doute, la Faris
laisse Cendres libre de ses mouvements, ce qui permet à la Patronne
de rejoindre la moitié de ses troupes dans la ville close. Désormais
soldate aux ordres du Duc, Cendres y organise la défense, alors
que le destin de la ville est suspendu au souffle de son monarque. Mais
pour Florian, le médecin de Cendres, le Duc n’en a plus
pour longtemps…
En parallèle, de nos jours, Pierce est de plus en plus halluciné
par ce qu’il découvre : En marge des ruines d’une
Carthage sous-marine, les golems sont réexaminés, avant
d’être authentifiés comme datant effectivement du
15ème siècle. La découverte du siècle est
à portée de main du chercheur, de plus en plus fébrile…
Grande maîtrise de la narration, vision assez juste des conflits
et querelles propres à cette fin de moyen âge, Gentle passionne
son lecteur sans jamais se laisser embarquer par les facilités
narratives liés à la Fantasy en général.
Pas de manichéisme, pas de batailles vidéoclipées,
pas de simplisme dans le traitement des personnages, mais une saine
lenteur, une observation douloureusement précise des tares de
chacun, avec ce souffle romanesque qui sert de liant, Cendres promet
d’être une réussite exemplaire si le tome 4 tient
les promesses des 3 premiers. Il ne reste plus qu’à attendre
2005…