Premier roman de Philip Jose FARMER, "Les amants étrangers"
fait partie des ouvrages cultes dont la présence rassure, témoigne
et [soyons fous] éclaire la SF d’aujourd’hui.
Enfin réédité chez Terre de Brume avec une traduction
entièrement révisée pour l’occasion [cf.
plus bas l'interview de la "réviseuse"], le texte a
certes vieilli, mais n’en reste pas moins incontournable. Fans
et néophytes trouveront ici un terrain d’entente, ce dont
personne ne se plaindra.
Condensé des thèmes classiques de la SF [voyage spatial,
espèce extraterrestre exotique, scénario à chute
et description d’une société humaine oppressive],
"Les amants étrangers" ne possède plus aucun
aura de scandale, et FARMER ne s’y montre absolument pas sexuellement
explicite. Nous sommes encore loin de "La jungle nue", le
style manque de rigueur, l’histoire de profondeur, mais on sent
bien que toutes les pièces sont là.
Histoire d’amour entre un homme en rupture avec l’humanité
et une extraterrestre en exil, le roman met en scène une expédition
humaine sur une planète où règnent des conditions
de vie proches de la Terre. Peuplé d’extraterrestres au
langage compliqué mais pas insurmontable, ce monde intéresse
grandement les humains, dont les intentions réelles tournent
évidemment autour de l’invasion et de l’extermination.
Mais si extermination il doit y avoir, il est nécessaire de faire
ça doucement et d’étudier cette nouvelle société
sous toutes ses coutures. C’est le travail du personnage principal,
linguiste mal vu par ses supérieurs et mal à l’aise
dans une société religieuse répressive.
Inhibé par des interdits parfaitement inconcevables pour les
locaux, il rencontre une étrange femme, clairement étrangère,
mais dont les traits manifestement humains sont le témoignage
d’une rencontre oubliée avec des explorateurs terriens.
Entre ces deux êtres que tout sépare, l’amour est
immédiat et fortement révolutionnaire. On ne brise pas
les millénaires de tabou en quelques minutes, et la trame dramatique
du livre tire son essence de cette incompatibilité fondamentale.
Daté, parfois ridicule dans son déroulement et certains
dialogues, "Les amants étrangers" n’en reste
pas moins un très bon roman, dont l’intelligence scénaristique
et la tristesse profonde marquent assurément le lecteur. De quoi
donner envie de de découvrir plus avant l’oeuvre de Philip
José FARMER, oeuvre dont il grand temps de mesurer aujourd’hui
toute l’importance.
>> 4 QUESTIONS A NADIA FISCHER [A
qui on doit la révision de traduction du roman] >>
Comment aborde-t-on la révision de traduction d’un
des plus “cultes” des auteurs de SF ?
Je savais qu'il y aurait des passages coupés dans la VF, ce qui
s'est trouvé on ne peut plus vrai, et je me sentais donc investie
d'une juste mission pour restituer aux lecteurs le texte dans son intégralité.
Plus sérieusement, je n'en revenais pas de trouver autant de
passages manquants [allant de quelques lignes à plusieurs pages
d'affilée] et j'ai bien pensé que les fans de FARMER ne
manqueraient pas de remarquer les ajouts. Je savais aussi que ceux qui
avaient lu et apprécié le texte dans sa traduction initiale
aimeraient peut-être retrouver certains termes-clés qu'avait
utilisé M. Deutsch, le traducteur original [je pense à
"tchaout", notamment, ou à "agi" que j'ai
laissés tels quels]. Inutile de dire, donc, que je me suis appliquée.
Comment moderniser un texte qui a plus de 40 ans ?
Il me semblait évident que, la plupart du temps, on ne pouvait
moderniser le "fond": la description des machines informatiques
est un vrai régal, et dire "l'ordinateur" à
la place de "l'énorme cube du Labtech" me parait un
peu abusif et affadirait complètement la saveur du texte. Par
contre, j'ai essayé autant que possible de dépoussiérer
la forme, en minimisant au maximum la présence des méchants
subjonctifs imparfaits, par exemple, ou en injectant un peu plus de
vie dans les dialogues.
FARMER est-il encore choquant et scandaleux aujourd’hui
?
Honnêtement non. On a même du mal, de nos jours, à
comprendre en quoi “Les amants étrangers” a fait
scandale. Je pense surtout que c'était moins le bout de sein
qui était en cause que l'idée d'une union avec une extra-terrestre,
non ? Une thématique adulte, en fait.
Comment jugez-vous la traduction originale ?
Avec du recul, il m'a semblé que la traduction de M. Deutsch
tenait assez bien la route, même s'il s'est permis de couper des
passages et d'en inventer d'autres. Il y avait, par exemple, très
peu de contresens ou de faux sens, qui sont légion dans les vieux
textes où certains traducteurs, pas anglicistes pour un sous,
ne manquaient pas de bonne volonté pour broder là où
ils ne comprenaient pas. Une révision somme toute agréable,
au final.